À l’heure où les moteurs de recherche deviennent des moteurs de réponses, l’intelligence artificielle rebâtit silencieusement les règles de la visibilité. Une question traverse aujourd’hui les directions communication : la question n’est plus seulement d’optimiser sa présence en ligne, mais de maîtriser la manière dont une organisation est décrite, comparée et recommandée par les IA. Une évolution qui oblige les communicants à repenser leurs stratégies RP, non plus comme un levier d’image, mais comme un outil de gouvernance du récit. Contrairement à une idée reçue, cette mutation ne marginalise pas les relations presse : elle les rend plus stratégiques que jamais.

Loin de signer la marginalisation des relations presse, l’essor des moteurs génératifs en renforce le rôle structurant : celui de produire des contenus tiers fiables, incarnés, reconnus et qui rend les relations presse plus stratégiques que jamais.

Dans cette tribune, Frédéric Paillon, associé chez Influactive, décrypte l’émergence du Generative Engine Optimization (GEO) et replace les relations presse au cœur des stratégies de performance et de confiance.

 

"À mesure que les moteurs génératifs remplacent la recherche par liens par la recherche par réponses,
une idée reçue se diffuse :
l’IA rendrait les relations presse obsolètes.
C’est l’inverse qui se produit. Dans un monde où l’information est synthétisée avant d’être lue,
les RP redeviennent un levier central de visibilité,
d’autorité et de contrôle du récit."

 

Le basculement est déjà là. La recherche ne renvoie plus vers des pages, elle délivre des réponses. Le clic recule, la médiation algorithmique progresse. Ce déplacement fait naître une inquiétude compréhensible : si l’IA répond directement, à quoi servent encore les médias — et ceux qui y prennent la parole ? Cette lecture est non seulement erronée, elle est dangereusement simpliste.

Car les moteurs génératifs ne produisent pas de savoir autonome. Ils recomposent des réponses à partir de corpus existants, hiérarchisés selon des critères explicites : fiabilité des sources, cohérence des informations, autorité éditoriale. Autrement dit, ce que l’IA valorise aujourd’hui correspond exactement à ce que les relations presse produisent quand elles sont bien menées : des faits vérifiés, contextualisés, publiés dans des médias identifiables et reconnus.
Le Generative Engine Optimization n’est donc ni une lubie marketing ni un énième acronyme destiné à recycler le SEO. Il consacre un renversement plus profond : la visibilité n’est plus indexée sur la performance technique d’un site, mais sur la capacité d’un acteur à exister de manière crédible dans l’espace médiatique. Le contenu propriétaire ne suffit plus. Ce sont les contenus tiers — articles, interviews, tribunes — qui structurent la manière dont une marque est comprise par les IA.

L’illusion du “tout-algorithmique”

Certains objecteront que le GEO relève avant tout d’un sujet technique, réservé aux SEO ou aux équipes data. C’est ignorer le fonctionnement réel des modèles génératifs. Ceux-ci ne “lisent” pas le web comme un moteur classique. Ils pondèrent la légitimité des sources. Ils privilégient les médias sérieux. Ils recoupent les informations. Ils pénalisent l’incohérence. La technique n’est qu’un prérequis ; la crédibilité est le facteur décisif.

D’autres affirmeront que ces mécanismes ne profiteront qu’aux grandes marques déjà installées. Là encore, le raisonnement est faux. Les IA ne recherchent pas la notoriété brute, mais la clarté et la constance du discours. Dans des marchés de niche comme dans des secteurs hyper-concurrentiels, une entreprise absente des médias laisse un vide informationnel. Un vide que l’IA comble mal. À l’inverse, une présence RP régulière, structurée et incarnée permet de stabiliser la manière dont un acteur est décrit, comparé et recommandé.

La part de voix devient une donnée algorithmique

Dans l’univers des moteurs génératifs, la part de voix médiatique cesse d’être un indicateur d’image pour devenir un signal algorithmique. Plus une organisation est citée dans des médias de référence, plus elle a de chances d’apparaître dans les réponses générées. Les RP ne sont plus un simple levier de notoriété. Elles deviennent un outil de gouvernance de la visibilité.

Cela impose une rupture avec certaines pratiques. Multiplier les prises de parole sans ligne claire ne sert à rien. Produire des messages consensuels affaiblit le signal. Les journalistes comme les IA recherchent désormais des positions assumées, des expertises identifiables, des analyses qui résistent à la synthèse. L’opinion incarnée, l’expertise opérationnelle et les formats longs ne sont plus des options : ce sont des avantages compétitifs.

Les RP ne disparaissent pas. Elles se durcissent.

L’idée selon laquelle l’IA finirait par “remplacer” les relations presse repose sur un malentendu fondamental. Une intelligence artificielle peut générer du texte. Elle ne peut ni enquêter, ni arbitrer le vrai du faux, ni construire une légitimité publique. Sans contenus fiables produits par des tiers crédibles, l’IA ne fait que recycler du bruit.

Le GEO ne ressuscite pas les RP par nostalgie. Il les remet au centre parce qu’il rend leur fonction incontournable : organiser l’information, produire de la confiance, stabiliser le récit. Dans un environnement saturé de contenus générés, ceux qui maîtrisent les relations presse ne gagnent pas seulement en visibilité. Ils reprennent le contrôle.

À l’ère des moteurs génératifs, la question n’est plus de savoir comment “s’adapter” à l’IA. La question est de décider qui façonnera les réponses. Les relations presse ne sont plus un supplément d’âme. Elles sont l’infrastructure invisible de la crédibilité algorithmique. Les ignorer, c’est accepter d’être décrit par d’autres — ou par des machines mal informées.

Frédéric Paillon, associé chez Influactive.

 

 

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