#ParoledInfluenceur avec Sebastien Badault

Au cœur de la révolution du Web 1.0 chez Amazon, du Web 2.0 chez Google, Sébastien Badault est aujourd'hui VP Metaverse et Web3 chez Ledger, la licorne tricolore du moment. Cision a réussi à lui prendre quelques minutes pour qu'il nous présente sa vision du phénomène et les enjeux sur nos métiers de la communication.

"Fondamentalement c’est un véritable changement de paradigme et de prisme qui peut avoir un impact sociétal et économique beaucoup plus juste. Je crée du contenu et j’engage donc je suis rémunéré mais je ne suis pas tributaire d’une plateforme qui peut décider de fermer mon compte du jour au lendemain."

 

 

Les routes de la ”success story” à la française passe par lui. Dirigeant emblématique et éclairant, chaque discussion avec Sébastien est une leçon d’acculturation étymologique de l’écosystème numérique, de l’innovation et de la tech et de la compréhension d’un marché mutant et volatile. “Quand monde incertain rime avec opportunité” pourrait être la phrase qui le résume le mieux.

Rapide, précis, limpide, “sharp” comme on dit en anglais et pédagogue, il l’est. Agile dans sa manière d’aligner toutes les parties prenantes, responsable dans l’incarnation de son rôle, référent percutant face à l’hyper accélération, aussi.

Mais ce qui le caractérise tout particulièrement est sa capacité à privilégier la confiance, l’échange et le puissant moteur que sont pour lui les relations humaines. Et c’est parce que je le connais depuis des années que je peux me permettre de l’affirmer.

Sébastien Badault possède une expérience rare auprès des géants du Web. Il a participé il y a vingt ans à l’implantation d’Amazon en France, puis au développement des activités françaises de Google. En 2015, il rejoint le groupe Alibaba pour prendre la direction de la filiale française ainsi que la direction internationale Mode et Luxe. Il a été nommé VP Metaverse et Web3 de Ledger, la licorne tricolore du moment, en février 2022.

Alors oubliez tous vos préjugés sur le Web 3.0 car selon Sébastien, il constitue une formidable opportunité pour les marques d’harmoniser leur relation avec leurs communautés ! Et si le Métaverse et le Web3 sont encore en structuration son point de vue apporte un éclairage exclusif et inédit. Celui de miser sur la créativité, la technologie et l’éthique. Et de se rappeler encore et toujours que l’humain prévaut toujours et partout, quel que soit le Web dans lequel on évolue.

 

Aurélie Siou : Quelles sont les opportunités et les risques du Web 3 en termes de communication et d’influence ?

Sébastien Badault : L’opportunité c’est de pouvoir rentrer en contact avec une communauté extrêmement bien définie et surtout de la faire participer d’une manière totalement différente à ce qui a pu exister auparavant. La manière actuelle de traiter les communautés consiste à accumuler des followers sur une page Youtube, sur Instagram ou TikTok. Là l’idée est de faire en sorte que la communauté possède un “token” c’est à dire une partie d’ “ownership” et de propriété de sa communauté. Plus la communauté grandit et créé de la valeur, plus la valeur va être partagée par ses membres; c’est une une sorte d’ “incentive” grandeur nature pour tous les membres créateurs de contenu.

Le risque du Web3 est que cela va nécessiter de ne pas avoir le contrôle absolu sur ce que l’on crée. Il est cédé en partie par les membres de la communauté. Je reconnais que pour des marques et des institutions cela peut être un peu anxiogène. Cela comporte un certain risque car si jamais la marque ou la communauté qui a été créée, et que la personne au milieu qui communique publie des éléments de langage qui ne plaisent pas à la communauté le retour sera plus puissant que celui qui existe aujourd’hui sur des plateformes comme Twitter, Instagram ou Facebook.

Néanmoins je suis persuadé que le pivot vers la décentralisation et vers la création de ces communautés par le biais de “tokens” constitue une révolution profonde et une opportunité énorme pour les marques, les influenceurs, les créateurs et les utilisateurs.

 

AS : Parle nous de ton rôle au sein de Ledger et comment et pourquoi as-tu choisis de t’engager auprès d’eux ?

SB : C’est un mix de chance et de choix d’avoir vécu les deux premières révolutions du Web. Le Web 1.0 quand j’étais chez Amazon, j’ai vécu le Web 2.0 au sein de Google notamment avec le rachat de Youtube. J'ai ensuite choisi un Web plus hybride en allant vers le Web chinois qui est un mix du Web1 et Web2 et en dirigeant Alibaba en France et au Benelux. Quand je réfléchissais à mes prochaines étapes, ce que je voulais c’était d’accompagner la transformation. Autant je trouve que tout ce qui a été développé en Web1 et 2 a facilité la vie des gens et a une vraie valeur, autant on a aussi vu les travers de la centralisation.

J’ai toujours voulu faire partie d’aventures auxquelles je crois, sincèrement.

Chez Amazon je croyais très profondément à la logique de donner accès à la culture à des gens qui étaient dans des désirs culturels et qui n’avaient pas accès à une FNAC en bas de chez eux. Chez Google de donner accès à la connaissance et de démocratiser la publicité aux TPE et PME. Je pense que le Web3 est une révolution de la propriété, une révolution pour l’utilisateur et une révolution encore plus profonde que la 1 et la 2. Le Web3 a la capacité de changer fondamentalement le monde.

Ledger est une entreprise française. Je suis né en France mais j’ai grandi aux Etats-Unis, et c’était important pour moi d’intégrer une entité française pour la première fois de ma carrière. Je suis heureux d’être au cœur de l’entreprise et de ses choix stratégiques, de ne plus être dans la globalisation de groupes internationaux mais dans le développement d’une entreprise. Ledger est une entreprise qui joue un rôle très important dans le développement du Web3 car aujourd’hui car à mon avis les plus gros points de blocage sont l’usabilité (le Web3 est facile d’accès pour tout le monde) et la sécurisation. C’est notre rôle chez Ledger. De sécuriser le Web3 par le biais d’un “hardware wallet”. Cela ressemble un peu à une clé USB qui permet de sécuriser tous les assets digitaux. Un facteur clé car malheureusement le Web2 n’est pas sécurisé.

Quand vous utilisez votre ordinateur et votre “browser” et votre mobile pour protéger vos assets digitaux dans le Web3 vous prenez un énorme risque et notre mission est essentielle.

Mon rôle c’est d’élargir le champ de l’activité de Ledger. A l’heure actuelle nous sommes très axés sur le hardware et nous devons nous développer de plus en plus sur les services que nous souhaitons créer et mettre à la disposition des utilisateurs afin qu’ils puissant utiliser leur wallet dans un maximum d’endroits et de la manière la plus facile possible.

 

 

 

 

 

AS : Penses-tu que les audiences seront mieux récompensées en “earned media” avec le Web3 ?

SB : Complètement ! Je parle d’une révolution pour les utilisateurs dans le sens où nous allons leur redonner la liberté. Jusqu’ici nous avons fait un “trade off” qui peut être bon sauf que l’on accepte de céder ses données personnelles aux géants de la tech, en échange de quoi j’ai accès aux services qu’il développe. Alors oui l’Iphone et Google Maps ont changé nos vies mais est-ce vraiment juste dans la répartition de la valeur que nous créons pour eux ? Oui il y a des créateurs et des influenceurs sur Instagram mais il y a aussi beaucoup d’utilisateurs lambdas qui postent et ne sont pas rémunérés pour leur contenu. Le Web3 change la donne. Il va permettre de redistribuer les cartes et une décentralisation pour faire en sorte qu’une entreprise en particulier ait le contrôle sur tout cela mais de faire en sorte que cela devienne un partage de la valeur entre tout le monde.

Fondamentalement c’est un véritable changement de paradigme et de prisme qui peut avoir un impact sociétal et économique beaucoup plus juste. Je crée du contenu et j’engage donc je suis rémunéré mais je ne suis pas tributaire d’une plateforme qui peut décider de fermer mon compte du jour au lendemain.

 

AS : Le Web est donc un modèle beaucoup plus viable de financement de la contribution des créateurs de contenu ?

SB : Oui. Et la “tokénisation” en particulier permet de faire en sorte que chaque créateur a un parti pris. Plus il contribue, plus il apporte de valeur, plus il sera récompensé par des “tokens” qu’il recevra en échange, avec des gouvernances qui sont décidées de manière décentralisée. La communauté, plutôt qu’un individu va décider et prendre le pouvoir.

 

 

AS : Comme tu le sais, chez Cision France nous avons pour mission de soutenir chaque jour + de 50 000 communicants dans leur réputation de marque, leur visibilité, leur influence et leur rayonnement dans les médias.  A ton avis quel est le plus grand défi pour les DirCom et DirMarketing dans l’adoption du Web3 ?

SB : J’ai plus un conseil à leur donner. Familiarisez-vous avec le Web3, passez-y du temps, il y a énormément de ressources disponibles mais surtout testez ! Achetez-vous un Ledger pour que vous soyez sécurisé dans tout ce que vous faites et entreprenez sur le Web3, achetez un peu de cryptomonnaie car le bitcoin y est moins cher qu’ailleurs, achetez un NFT, rentrez dans les communautés, apprivoisez ce monde-là et essayez de le comprendre.

L’avantage que nous avons aujourd’hui c’est que nous sommes au début. Plus vous apprenez et vous impliquez tôt, plus vous développerez des applicatifs et des réflexes qui seront bons.

Dites-vous que la révolution est en marche, certes un peu complexe d’accès au début mais il suffit de prendre le pas c’est en réalité moins compliqué qu’il n’y parait. Le Web3 va s’améliorer alors participez à cette révolution car il va avoir un impact extrêmement fort sur vos communautés. Cette révolution va permettre aux créateurs d’être rémunérés à leur juste valeur.

C’est aussi la possibilité pour les marques de rentrer en contact direct avec leurs communautés sans plateforme qui impose ses règles au milieu.