Aujourd'hui, une retombée presse nourrit autant la relation journaliste que l'autorité numérique d'une marque.
Le rapport SOTM 2026 met en lumière le rôle clé de la confiance entre journalistes et RP. Quel chiffre vous a le plus surpris ?
Le chiffre qui m'a le plus surpris est sans conteste celui qui a un double sens : 66% des journalistes disent s'appuyer sur le contenu fourni par les attaché(e)s de presse au quotidien pour trouver leurs idées d'articles. Un chiffre rassurant en apparence, mais qui cache une réalité plus nuancée quand on prend le temps d'échanger vraiment avec ces professionnels de l'information.
Ce que je constate depuis une décennie, c'est que les outils qu'on utilisait autrefois, au premier rang desquels le communiqué de presse classique, sont devenus largement désuets, au profit de conversations directes, d'échanges construits et de formats d'expertise qu'on peut leur apporter. Les journalistes ont donc toujours besoin de nous, mais différemment : comme un pilier qui les soutient dans un métier passion, aujourd'hui fragilisé par des changements structurels, entre baisse des investissements et réduction des effectifs.
Ce basculement, je le retrouve à l'identique dans mon propre positionnement en visibilité augmentée. Une retombée presse ne sert plus seulement à informer un lecteur, elle nourrit aussi, en silence, le référencement classique et la façon dont les intelligences artificielles choisissent de citer une marque. Autrement dit, ce même chiffre de 66% ne dit pas seulement que les journalistes ont besoin de nous : il dit aussi que chaque contenu presse bien construit continue de travailler pour une marque bien après sa publication, à un endroit qu'on ne mesurait pas avant.
L'attaché(e) de presse devient un facilitateur au service des journalistes.
Comment les enjeux actuels du métier d’attaché(e) de presse redéfinissent-ils votre façon de communiquer pour les marques ?
Là où je pouvais mettre au premier plan les besoins de mes clients, ces dernières années ma priorité a totalement changé. Être l'attaché de presse qui arrive à décharger les journalistes dans leur travail. Devenir ce lien de confiance entre les marques et les médias. Être en capacité de faire de ma valeur ajoutée un axe de fidélisation, de "je ne sais quoi" qui va faire qu'un journaliste me contactera en sachant qu'à la clé il trouvera proactivité et idée créative.
Cela influence le rapport que j'ai aujourd'hui avec mes clients, en leur rappelant que les rédactions sont à bout de souffle. Il faut être en capacité de s'adapter et de travailler avec eux. Plus de temps à écouter, à construire une relation, trouver du contenu pertinent et inviter les marques à davantage s'impliquer dans ce triptyque. Pourquoi faire des relations presse, pour dire quoi ? Là où en 2010 par exemple faire des relations presse était d'une certaine facilité, fluidité, l'ère du fast content a créé une certaine dissonance cognitive entre les besoins des journalistes et les désirs des marques.
Sans pertinence ni générosité, les relations presse perdent toute leur valeur.
Le mot pertinence ne serait-il pas un point de fixation, de la fusion qualitative et un engagement gagnant-gagnant entre l’univers des médias en pleine réorganisation structurelle et les marques en perpétuelle innovation tout en gardant comme origine leur ADN ?
Tout le monde connaît cet adage : pas de bras, pas de chocolat ! Ou plus timoré en expression, on n’a rien sans rien ! Là où cette pertinence oblige, elle vient faire prendre conscience aux marques que faire des relations presse pour promouvoir, sans informer, c'est peine perdue. Nombreux ont été les clients que j'ai accompagnés avec des prismes de société.
Construire une stratégie de relations presse, tisser une toile qui explique la pertinence entre la marque, le produit et les contraintes consommateurs. Une politique RH qui s'adapte aux conditions de travail impactées par le réchauffement climatique, un produit qui aide les personnes victimes des incendies à rester propres car cela devient aussi un sujet de santé publique, un(e) CEO qui est passé(e) par des étapes de vie qui deviennent source d'inspiration pour un lectorat précis et/ou local.
En bref, la pertinence se construit, se justifie et se personnifie.
Le temps où les marques étaient radines en contenu, en temps pour les journalistes et en échange est dépassé. Tout comme cette phrase nombreuse fois entendue "cet article ne met pas en avant mon produit ou service en premier lieu, je préfère dire non à cet interview".
Sans générosité, à quoi bon faire des relations presse ? Autant passer par la case publicité !
Et cette générosité, aujourd'hui, ne s'arrête plus au journaliste qui la reçoit. Elle laisse une trace. Une pertinence bien construite, documentée, personnifiée, continue d'exister bien après la publication de l'article, dans les résultats de recherche, dans les réponses des IA. La radinerie ne coûte donc plus seulement une relation presse ratée : elle prive une marque d'exister durablement là où ses clients la cherchent désormais.
À l’ère de l’IA, mieux vaut une interview forte que dix mentions dispersées.
Comment l’IA transforme-t-il le métier d’attachée de presse ? Et cette évolution est-elle un gage d’une bonne collaboration avec les journalistes ? Et comme se traduit alors la proposition d’angle d’expertise recherché pour mettre en avant in fine une communication stratégique ?
Arrêter de vouloir être partout, mais viser les bons papiers, avec les meilleurs angles adaptés. L'ère du fast content, j'en parle un peu plus haut. Et bien l'IA n'aime pas cela ! Une belle interview dans un magazine spécialisé ou un reportage dans une chaîne nationale aura plus d'impact sur le SEO et le GEO d'une marque qu'une dizaine de mentions éparpillées sans cohérence.
On en oublie l'enjeu central des relations presse : imprimer de la bonne façon dans l'imaginaire des consommateurs d'information. D'autant que les journalistes eux-mêmes regardent, grâce à l'IA, la tonalité d'une marque en amont, sa présence médiatique, ses retours clients, avant même de répondre à une sollicitation.
Faire des relations presse devient un marathon, on doit constamment penser sa posture, prouver ses engagements, narrer son histoire. C'est là que prennent tout leur sens les contenus en exclusivité, les embargos et les webinaires.
Et c'est exactement ce que les IA génératives recherchent à leur tour : pas une accumulation de mentions, mais un signal cohérent et répété dans le temps. Une seule interview solide, bien positionnée, vaut mieux que dix citations dispersées, parce que c'est cette cohérence qui construit l'autorité de domaine d'une marque, aussi bien aux yeux d'un lecteur que d'un modèle de langage qui doit décider si cette marque mérite d'être citée en réponse.
Pour revenir sur la première partie de la question, il est donc légitime de rappeler que les marques qui pensent à outrance être les stars de leur domaine, ne le sont pas ! Le journaliste, aujourd'hui, grâce à l'IA, peut détecter en un instant si une marque est sincère ou simplement là pour se mettre en avant. Cette évolution n'est un gage de bonne collaboration que si on l'utilise dans ce sens-là : être des facilitateurs dans leur métier, pas des amplificateurs de notre propre discours. Des données, des études, des chiffres, des REX terrain à la clé, voilà comment se traduit concrètement une proposition d'angle d'expertise aujourd'hui.